Le vernis utilisé par Antonio Stradivarius, le légendaire luthier italien, pour revêtir ses prestigieux instruments, fait depuis plus de deux siècles l'objet de multiples hypothèses et controverses. Une « formulation secrète » aurait ainsi pu être à l'origine de la sonorité, réputée et tant admirée, de ses instruments.
L’étude menée par le laboratoire du musée de la musique avec une équipe internationale, vient de paraître dans la prestigieuse revue Angewandte Chemie International Edition. Elle apporte aujourd’hui un éclairage sans précédent. Appuyés entre autres sur l’étude des 5 Stradivarius conservés au Musée de la musique, ces travaux de recherche ont établi la composition des différentes couches de vernis employés par ce Maître pour revêtir ses instruments.
Pour la première fois, cette étude montre que Stradivarius employait des matériaux de base courants à son époque. Grâce, en particulier, aux analyses effectuées en microscopie infrarouge au synchrotron SOLEIL, il est possible d’affirmer que, sur tous les instruments, Antonio Stradivarius a appliqué un vernis constitué de deux très fines couches sensiblement différentes:
La première couche, simplement à base d'huile, similaire à celle des artistes-peintres, pénètre légèrement le bois de l'instrument.
La seconde couche en surface est un mélange d'huile et de résine de pin. Stradivarius y a incorporé différents pigments utilisés en peinture.
Cette étude met donc en évidence l’intention de Stradivarius de donner à ses instruments leurs célèbres teintes rouges.
Cette technique, qui semble s'inspirer de celles des peintres pourrait expliquer la chatoyance des reflets et la texture apparente des bois vernis des violons qui l'ont rendu célèbre.
Pour parvenir à ces conclusions, une douzaine de chercheurs français et allemands ont concentré leurs efforts sur les cinq instruments de Stradivarius conservés au Musée de la musique de Paris.
Leurs vernis ont été étudiés de fond en comble avec un large panel de techniques analytiques complémentaires. D'infimes fragments de vernis ont été prélevés pour être analysés sur la ligne de lumière infrarouge SMIS du synchrotron SOLEIL (plateau de Saclay), le synchrotron le plus récent au monde, à l’Institute for Analytical Sciences de Dortmund (Allemagne) et dans trois laboratoires du CNRS (CRCC, C2RMF, LADIR).
C'est cette collaboration multidisciplinaire, et l'utilisation de techniques d'analyses de pointe, sur des instruments incontestablement représentatifs de la meilleure production de Stradivarius, qui ont permis de comprendre les ingrédients et la technique du maître-luthier.
Collaborations
Etude menée par le laboratoire du Musée de la musique en collaboration avec
Le synchrotron SOLEIL : ligne SMIS de microscopie infrarouge et IPANEMA
Le CRCC - Centre de Recherche sur la Conservation des Collections
Le LC2RMF - Laboratoire du Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France
Le LADIR - Laboratoire de Dynamique, Interactions et Réactivité (CNRS et UPMC - Univ. P. et M. Curie Paris 6)
L'ISAS - Institute for Analytical Sciences, Dortmund
La Staatliche Akademie der Bildenden Künste, Stuttgart
Les autres publications du laboratoire sur les vernis
De la peinture de chevalet à l'instrument de musique : vernis, liants et couleurs
Actes en ligne de la journée d'étude : les vernis de violon